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Aline Mukovi Neema, Goma

« La femme est mal comprise dans la communauté, dans les églises, dans les écoles ou le travail, voir même la famille. »
Voici l'interview d'Aline en vidéo ;
Voici l'interview d'Aline en audio ;[sc_embed_player_template1  downloadable fileurl="http://www.wajenzi.co/wp-content/uploads/2015/04/AlineMukovi.mp3"]

Exposée et fière

Aline Mukovi a 26 ans, une silhouette fine, et une grande volonté dans la voix. Cette jeune fille vivant à Goma « milite dans un mouvement de jeunes pour le changement » qui porte le nom révélateur de « Lucia » . Sa force, Aline la tire du passé et des obstacles qu’elle a pu rencontrer. Son objectif ? Promouvoir la « dignité humaine » d’une part, et la condition des femmes d’autre part. Et pour cela, elle a tout risqué, y compris sa place au sein de sa famille et de sa communauté. « Ma tante m’a chassée parce qu’elle croyait que j’étais en train de m’exposer. Pour une femme dans une communauté africaine ça ne s’accepte pas qu’elle s’expose, dans la rue ou à la télé, en parlant de choses un peu politiques. J’étais vue comme ambitieuse, car je rêvais à ce qui est hors du commun pour notre société. Elle me voyait exposée, et donc parce que je suis femme ça pourrait être difficile pour moi d’accéder à un travail, de trouver un mari ». « S’exposer » , et plus particulièrement exposer les difficultés rencontrées par les femmes au sein de la culture africaine, c’est pourtant ce qui est, aujourd’hui, au cœur même de l’action menée par Aline.
« Je suis pour la femme dans la Lucia ».

« La femme est mal comprise »

Aline le déplore, mais dans la culture africaine, l’image de la femme et plus particulièrement le rôle qu’elle doit jouer sont encore très limités. « La femme est mal comprise dans la communauté, dans les églises, dans les écoles ou le travail, voir même la famille ». Et s’il faut donner un exemple pour illustrer cette situation Aline n’a pas besoin d’aller chercher très loin.
« Je vois mon expérience personnelle : tout au début quand la Lucia a commencé, je ne vivais pas dans ma famille biologique j’étais chez une tante. Mais elle m’a facilement dit de quitter la maison parce que je luttais dans la Lucia ».
Lorsqu’elle raconte cet évènement douloureux, on peut sentir dans la voix d’Aline à la fois la peine, mais aussi l’incrédulité devant la facilité avec laquelle une femme peut être chassée de sa propre famille pour oser dire ce qu’elle pense. Ces difficultés ne l’ont pourtant pas empêchée de poursuivre son engagement dans la Lucia, et elle en voit aujourd’hui les résultats. « Un peu après, (ma tante) a commencé à s’intéresser à ce que je voyais comme priorité pour moi, par rapport à la lutte ». Et toujours, Aline conserve une grande modestie. Elle ne se bat pas pour elle, mais pour toutes les femmes : « C’est quelque chose dont je suis fière mais je ne dirais pas que je sers comme un modèle aux autres. »
«Je veux personnellement réussir à en faire d’abord un mode de vie, pour que les autres s’inspirent des petits actes que je fais pour s’en servir comme exemple. Et que moi aussi si je vois quelqu’un qui n’est pas dans la lutte mais qui fait quelque chose pour lequel nous nous battons, je peux facilement adhérer et aller de l’avant jusqu’à ce qu’on arrive à ce changement que l’on voudrait avoir dans notre communauté ».

Redonner confiance aux femmes

Aline le dit sans honte, son parcours n’a pas été facile. « Ça n’a pas été de l’eau à boire pour moi personnellement ». Cependant, elle ne s’attarde pas sur son passé et préfère en tirer les conclusions et les forces nécessaires pour l’avenir.
« A d’autres filles je leur dirais de ne pas se sous-estimer par rapport à notre sexe ou aux faiblesses qu’on dit féminines ».
Et elle conclut, par ce bel appel : « Nous sommes capables aussi d’apporter quelque chose dans le changement de notre communauté, de servir de façon positive ».
Passe ta voix

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