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Douce Heri, Goma

J’ai toujours vécu des guerres à répétition et toutes les conséquences qui vont avec. Je suis révoltée.

Douce Heri, La paix au-delà les frontières

Jeune, tenace et militante, cette étudiante de Goma a rassemblé des jeunes du Burundi, du Rwanda et de la République démocratique du Congo pour discuter des sujets qui éloignent les un aux autres, surtout pour briser les clichés et stéréotypes qui existent entre les populations dans la région de Grands Lacs africains. Sous ses apparences timides, Douce Heri, 25 ans, regard saisissant mais sourire constant, est une dévouée à l’équité et à la paix. Que ce soit dans les médias locaux à Goma ou dans les couloirs de l’Université libre de pays de Grands lacs où elle préside le bureau des étudiants, cette entrepreneuse en herbe suscite de l’admiration pour avoir rassembler, en octobre dernier, des jeunes de la région des Grands Lacs, dans une conférence sur la paix.

La révoltée

Mais d’où tire-t-elle cette ambitieuse initiative ? « Je suis révolté d’avoir assisté depuis mon enfance à l’injustice et surtout des guerres à répétition et toutes les conséquences qui vont avec », s’insurge-t-elle. Né à Bukavu dans l’est de la République démocratique du Congo, Douce sait ce que c’est les affres de la guerre. Déjà à sept ans elle a su différencier les détonations d’obus aux crépitements des balles. A l’époque, l’armée loyaliste tente de résister face aux troupes de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (Afdl). La ville de Bukavu se vide de sa population. Douce et sa famille se retrouvent sur la route à pied en train de fuir la ville :
« Je me rappelle avoir vu des enfants non accompagnés, des cadavres, des blessés, etc. J’ai vu des gens discriminés parce qu’ils appartenaient à telle ou telle ethnie. J’ai vu des familles retranchées, selon l’appartenance tribale, dans églises qu’ils avaient transformées en lieu de refuge… »,
Depuis, cette fille d’armateur sait qu’elle se consacrera à la lutte contre la discrimination, l’injustice et surtout pour la paix. Elle attend qu’elle soit élue représentante des étudiant de l’Université libre de pays de Grands lacs (Ulpgl) pour mettre en œuvre son projet. Première étape, la conférence des jeunes pour la paix dans la région des Grands Lacs.
« L’objectif principal était de briser les barrières entre les peuples de la région. Les jeunes rwandais, burundais et congolais se regardent en chiens de faïence. Alors je me suis inspirée de Nelson Mandela qui disait qu’il faut faire de ses ennemis ses amis. »

Du rêve à la réalité

Et son rêve se réalise du 4 au 7 octobre 2014, à Butare, au Rwanda. Là-bas, avec l’aide de quelques sponsors, près 70 jeunes sont venus de trois pays de la région pour échanger sur les sujets qui éloignent les un aux autres. Douce raconte cet événement avec un brin de fierté et beaucoup de passion parce que c’est elle la promotrice et surtout parce qu’elle a dépensé ses économies d’étudiante pour fiancer 70% de charges à la rencontre. Mais elle reste toujours impressionnée la cohabitation sans disputes ou clashs durant la conférence malgré les clichés qui existent :
« Les congolais craignaient d’être empoisonnés par les Rwandais. Nous avions aussi reçu plusieurs témoignages des Rwandais qui avaient peur de rencontrer des Congolais parce qu’ils pensaient qu’ils seraient maltraités par extrémistes congolais. Mais au final, nous avions bannit ces préjugés. Aujourd’hui certains jeunes rwandais ont décidé de fréquenter des universités de Goma ».
Alain Maguru, étudiant congolais, était présent à Butare. Il pense que les préjugées entre les jeunes sont accentué par le manque de dialogue: « Pendant les débats, nous avions constaté que nous avons des similitudes dans nos cultures respectives. Désormais nous nous sommes dits qu’on est frères et pas ennemis ». Donatien Habiragi, un autre camarade de promotion, lui, en a tiré une interpellation : « Nous passons le temps à pointer du doigt les politiques, et les accusons toujours de manque de volonté pour faciliter la paix. Mais, nous oublions que c’est nous les jeunes qui constituent les rangs des groupes armés qui mettent en mal la région. Nous avons donc une responsabilité qui nous revient.

Un modèle à suivre

De l’anonymat à un succès incontesté, Douce fait désormais parler d’elle dans les milieux jeunes à Goma. Elle fascine, elle inspire et certains la reconnaissent comme source d’inspiration. C’est le cas de Donatien : « Son dévouement et son sacrifice pour la paix me servent actuellement d’exemple. Elle est une source d’inspiration pour moi. Sa personnalité charismatique me fascine. Je souhaite qu’elle gravisse les échelons. J’aimerai la voir un jour gouverneur de province », souhaite-t-il. Mais Douce n’est pas à sa dernière initiative. Elle prépare une rencontre entre les jeunes de Goma et ceux du territoire du Nord-Kivu afin de « remonter le moral » les habitants de cette région longtemps secouée par les affrontements armés. En attendant, elle veille sur les recommandations de la dernière conférence qu’elle a soumises aux autorités locale à Goma : « Le vice gouverneur de la province du Nord-Kivu m’avait reçue en audience après la conférence. Il a promis son implication dans la sensibilisation des gouvernants. J’attends toujours. » Affirme-t-elle.


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