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Liliane Soki Musavuli, Butembo

Dans notre culture, ce ne sont pas toutes les filles qui prennent ce courage là. Nous sommes fiers de ce que nous faisons.
Voici l'interview de Liliane en vidéo ;
Voici l'interview de Liliane en audio ;[sc_embed_player_template1  downloadable fileurl="http://www.wajenzi.co/wp-content/uploads/2015/04/LilianeMusavuli.mp3"]

Une femme qui travaille pour les femmes

A 27 ans, Liliane Musavali est déjà une jeune femme riche d’expériences et de détermination. Cette habitante du Nord-Kivu a décidé de s’attaquer à une vaste problématique que connaît la RDC et quelle résume ainsi: « une insuffisance d’éducation de base, d’une manière particulière je peux parler d’insuffisance d’éducation chez les jeunes filles. » Sa principale cible ? Les non-dits et le manque de dialogue qui peuvent mener à des situations sociales et humaines dramatiques : « il y a dans notre milieu, dans notre culture, des questions que les parents considèrent comme tabou. Ils ne veulent pas en parler tout haut à leurs jeunes filles par exemple, et puis les jeunes filles ramassent des informations par-ci par-là, ce qui malheureusement entraîne des répercussion sur leur vie future. » Une situation difficile, face à laquelle Liliane a refusé de rester inactive.
J’ai constaté qu’il y avait un problème, des jeunes filles qui se laissaient approcher à 12 ans, à 14 ans, et aussi elles abandonnaient l’école.

Une action progressive

L’engagement de Liliane s’est fait de façon progressive, en s’adaptant à ce qu’elle pouvait voir sur le terrain.
J’ai d’abord commencé par l’encadrement des jeunes filles adolescentes dans mon quartier(... ) je les ai encadrées par des séances, on a organisé des débats, des cadres d’échanges.
Très vite, cette première initiative ne lui suffit pas, elle voit plus grand, plus efficace.
J’ai essayé d’élargir cela, j’ai négocié une émission dans une radio locale où je continue une série d’émissions dans ce cadre.
Une détermination étonnante dans une société où les femmes se heurtent encore beaucoup aux préjugés culturels. Cela n’arrête pas Liliane dont l’émission appelée « Responsabilité et avenir de la jeunesse » est toujours diffusée aujourd’hui. Elle présente son fonctionnement : « C’est une émission sur la vie de jeunes filles et de jeunes garçons. Dans l’émission même nous avons des jeunes filles et des jeunes garçons, d’une part les jeunes filles qui vont rejeter la balle aux jeunes garçons,d’autre part les jeunes garçons qui vont rejeter la balle aux jeunes filles. Alors nous essayons de balayer tout ça et de chercher une piste de solution par rapport à ça. » Son objectif est finalement de dépasser les différences, les idées reçues, et les préjugés pour trouver une solution d’avenir aux difficultés de la jeunesse.

Des réactions encourageantes…

Liliane peut déjà partager les résultats de son action, et surtout son impact sur les membres de sa communauté.
Nous avons des interventions d’auditeurs, de parents par exemple qui saluent notre manière de faire, des parents qui nous encouragent dans ce que nous faisons, et nous sommes contents si nous relevons que cela a changé quelque chose.
Du côté des jeunes filles, elle peut déjà observer également un certain changement des mentalités : « Les filles se préoccupent surtout dans notre milieu de mariage (...) mais quand nous nous engageons pour contribuer un tant soit peu à l’éducation de nos soeurs, de nos frères, nous pensons que c’est une satisfaction. » Parvenir à faire changer des conceptions ancestrales, sur la place et le rôle de la femme, c’est en partie ce que l’action de Liliane permet.

Et d’ambitieuses perspectives!

Mais Liliane ne compte s’arrêter là, et elle pense déjà à l’avenir avec de belles perspectives : « D’ici 5 ans, j’aimerais quand même élargir le domaine d’intervention. Nous faisons de l’éducation par des émissions radiodiffusées dans une radio locale. »
Si nous pouvons aller plus loin, élargir notre domaine d’intervention, je pense que nous pouvons aider à beaucoup de choses.
Elle est en effet bien consciente que, aussi louable soit elle, son action est encore limitée à sa communauté alors que le problème auquel elle s’attaque est bien plus vaste : « ce problème d’insuffisance d’éducation de base n’est pas seulement dans notre milieu. Il y a même des milieux qui nous environnent qui connaissent le même problème mais nous ne savons pas comment atteindre ces jeunes des autres milieux. » Aujourd’hui malgré tout, elle ne peut s’empêcher d’être fière du chemin parcouru : « Dans tout ce que je fais je pense que je suis satisfaite, je suis contente de ce que je fais. »
Dans notre culture, ce ne sont pas toutes les filles qui prennent ce courage là. Nous sommes fiers de ce que nous faisons.

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