wajenzi_demo_large01

Luc Nkulula, Goma

« Si cette situation continuait, qu’est-ce qu’il allait arriver après ? »
Voici l'interview de Luc en vidéo ;
Voici l'interview de Luc en audio ;[sc_embed_player_template1  downloadable fileurl="http://www.wajenzi.co/wp-content/uploads/2015/04/Luc-Nkulula.mp3"]

Un militant lucide

A 30 ans, Luc a déjà été confronté à bon nombre d’injustices et/ou abus dont est victime la société congolaise. Membre et militant au sein du mouvement Lutte pour le changement, il avoue que c’est très difficile de dire ce qu’ils font concrètement, tant le chantier est vaste. Son objectif est simple:
«On veut mettre fin aux inégalités, aux abus de pouvoirs, à l’impunité et à l’insécurité omniprésentes dans notre ville de Goma. »

La lassitude face à une situation devenue intenable

Sa motivation, il la tire en effet d’exemples insoutenables, dans sa vie quotidienne. Il la résume ainsi : «quand vous assistez au matin que l’on a tué ton voisin, que l’on a tué ton frère, toi-même tu es un jour tombé sous la main des agents de l’ordre qui t’ont ravi tout, téléphone tout ça» ...agir devient une nécessité, et c’est ce qui explique son engagement dans le mouvement Lutte pour le changement. Il partage le récit d’une expérience qu’il a lui même vécue, qui donne un exemple de ces difficultés auxquelles sont confrontées les habitants de sa ville : «un jour je rentrais à la maison vers 18h. Nous étions nombreux sur la route. J’ai rencontré des patrouilleurs en cours de route. Ils ont arrêté quelqu’un qui était à quelques mètres de moi. Ils l’ont appelé, ils lui ont demandé sa carte d’identité, il a donné la carte d’identité, et comme ils n’ont pas trouvé d’infraction, il fallait continuer». La voix chargée de peine, il poursuit : «Ils lui ont dit « est-ce que tu savais que c’était une infraction de marcher la nuit ? ». Le pauvre, ne sachant rien de tout, il a dit qu’il ne savait pas que c’était une infraction, alors on lui a dit « alors comment il pense résoudre cela », « comment il pense résoudre » ça veut dire qu’il leur donne de l’argent pour que eux puissent couvrir cet état des choses». La corruption et l’impunité de ces personnes normalement garantes de l’ordre, c’est cela qui le révolte. Mais pas seulement, car il l’avoue lui-même : «Quand je regardais cela, j’avais peur. Je pensais qu’après lui, ce sera moi car j’étais juste à quelques mètres de lui parce que je m’étais arrêté pour assister un peu à la scène». Ce qu’il souhaite, c’est bien “changer” cette situation, et non plus “l’accepter”.
«J’avais peur que si cette situation continuait, qu’est-ce qu’il allait arriver après ? »

Un combat long et difficile

Face à cette situation, Luc et son mouvement ne désarment pas et poursuivent leur action : «un jour on a essayé de réclamer le rétablissement de la sécurité à Goma, on a fait une marche le 21 septembre 2012, nous avons exhibé les photos de tous ces hommes, toutes ces femmes que l’on a assassiné, en une année plus de 50 personnes» . Mais le chantier qui s’ouvre devant eux est encore long, comme le prouve la conclusion de cette manifestation pourtant pacifique : «Nous avons fait une manifestation pour réclamer le rétablissement de la sécurité, qui a abouti à des arrestations ! »

Une grande confiance dans son pays

Malgré ces difficultés, ce qui reste de plus remarquable chez Luc, c’est sans conteste sa profonde foi dans son pays, pour qui il veut et croit au meilleur. Il a pour cela une aide personnelle.
«J’ai un modèle, celui de Lumumba J’aimerais être lui incarné dans ce monde, dans cette société. »
Et il conclut, avec espoir, enthousiasme et même une pointe de détermination.
« Je suis séduit pas ses pensées quand il dit «le Congo est grand, et il demande de la grandeur» .»
Passe ta voix

159