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Pascal Madihano Bayongwa, Bukavu

« Comment cohabiter ensemble »
Voici l'interview de Pascal en vidéo ;
Voici l'interview de Pascal en audio ; [sc_embed_player_template1  downloadable fileurl="http://www.wajenzi.co/wp-content/uploads/2015/04/Pascalmadihano.mp3"]

L’artisan de paix

Pascal possède une voix douce, bute parfois sur les mots, mais cela ne l’empêche pas de partager des souvenirs particulièrement difficiles, même à entendre. Cet homme de 34 ans, « artisan de paix » et habitant au Sud Kivu, les raconte presque à la façon d’un conte : « L’histoire a commencé à 1924 avec la guerre au Rwanda entre les Hutu et les Tutsis. Quand les réfugiés sont entrés au Congo, c’est là que l’histoire a commencé ». Cette histoire, c’est celle de son pays et de sa communauté, son «groupement » comme il l’appelle, en territoire Kaniola.

Des massacres nés de la guerre

Un malheur ne vient jamais seul, et le récit de Pascal prouve une nouvelle fois l’adage. « Les réfugiés (du Rwanda) sont venus au Congo, ils se sont transformés en FDLR et ces FDLR se sont éparpillés dans nos villages dans la province du Sud Kivu. Dans mon groupement il y avait des FDLR qui chaque fois venaient causer des massacres dans ces groupements, des massacres à répétition. Ces massacres ont causé beaucoup de mort, beaucoup de violences faites aux femmes, des viols, pillages et beaucoup d’autres problèmes ». Ces massacres ont été l’élément déclencheur de l’engagement de Pascal. Face à la gravité de la situation, à l’absence de réaction des autorités, et aux conséquences économiques et sociales, il décide de mener son propre combat, pour la paix.
« Quand j’ai vu qu’il y avait des enfants victimes de ces massacres, je me suis dit que c’est un problème dans la société. »
« D’autant plus que les enfants sont abandonnés à leur triste sort, parce que leurs parents étaient tués, si ce n’était pas le papa, c’était la maman».

La paix par la non-violence

La méthode utilisée par Pascal a l’air simple. Cependant, dans un territoire traversé par les conflits armés, elle a le mérité de marquer une vraie rupture. Tout d’abord, il essaye de comprendre et d’analyser la situation, afin d’être en mesure d’y remédier de la façon la plus pertinente possible. « Ce que moi j’ai fait comme habitant de ce groupement, j’ai vu que les gens, la jeunesse et y compris les femmes n’ont pas compris ce phénomène de massacre causé par les FDLR. Alors les jeunes se sont mis en conflit entre eux. Alors moi comme habitant j’ai commencé par sensibiliser ces jeunes, les mener à comprendre ce qui c’était passé, puisque le massacre était devenu comme l’histoire ». Face à ces animosités et à cette absence de dialogue, Pascal a choisi comme armes les mots et le pardon :
« Ma thématique était comment cohabiter ensemble, parce qu’avec le massacre, les gens ne s’aimaient pas entre eux. »
«Le massacre avait créé de la haine, du tribalisme, et même un système où les gens s’enfermaient dans des groupuscules. Alors moi je suis passée à cette thématique pour bien leur expliquer que si nous restons à regarder ce massacre, on ne peut rien faire. »
«Mais si nous projetons dans l’avenir, si nous voyons loin, si nous pensons à autre chose à créer, si nous avons des idées et qu’on les met au profit de la jeunesse ou des femmes, les gens n’auront pas l’occasion d’aller dans les groupes armés, d’aller voler, d’aller tuer et violer aussi les femmes ».

Des mots…et des mesures pratiques !

Si la pédagogie et la mise en place d’un vrai dialogue avec les membres de sa communauté ont été le point de départ de l’action de Pascal, il n’en demeure pas moins pratique. Dans son analyse, il a bien discerné l’impact néfaste que l’oisiveté et le chômage peuvent avoir sur les jeunes. « Comme action, j’ai milité pour la création des emplois puisque la guerre, le massacre a beaucoup touché la jeunesse. Les investisseurs qui ont les moyens, qui auraient pu venir investir à Kaniola, avaient peur. »
«Pour remédier à ce manque de l’emploi qui a des conséquences moi j’avais préconisé, j’avais apporté comme idée qu’il fallait créer des AGE des activités à revenus, à impacts rapides dans les milieux respectifs ».
Des paroles, des actes, tous pensés pour permettre à sa communauté d’aller de l’avant et d’oublier les moments difficiles du passé.
Passe ta voix

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