wajenzi_demo_large01

Pascaline Dusabe, Goma

« Dans leurs familles les filles ne trouvent rien comme conseil car leurs parents considèrent ces histoires comme tabou »
Voici l'interview de Pascaline en vidéo ;
Voici l'interview de Pascaline en audio ;[sc_embed_player_template1  downloadable fileurl="http://www.wajenzi.co/wp-content/uploads/2015/04/PascalineDusabe.mp3"]

L’éducatrice

Grande et élégante, Pascaline Dusabe est une jeune fille de 27 ans pleine de détermination, et au parcours déjà bien rempli. Cette « artisante de paix » , comme elle se décrit, a décidé de se consacrer à un effet peu considéré des conflits armés incessants : des mentalités parfois très rétrogrades, et une société en retard sur son temps en matière de droits des femmes et d’informations. Elle dresse l’état des lieux de la situation avec des mots durs mais simples, témoins d’un quotidien difficile : « Dans mon quartier où je vis, il y a eu de nombreuses filles qui ont été livrées dans le mariage précoce, dans les grossesses non-désirées, dans les maladies comme le VIH ou autre ». L’explication de cette situation ? Les sujets « tabous » , le manque de communication et d’échanges au sein des communauté et même des familles :
« Nous avons constaté que dans leurs familles elles ne trouvent rien comme conseil car leurs parents considèrent ces histoires comme tabou. C’est la raison pour laquelle je me suis dit si on organisait des séances avec ces jeunes là, à partir de 13 ans et plus, on pourra se dire des histoires sans tabou. »

Vaincre les on-dits

Le premier angle d’attaque de cette jeune femme volontaire, ce sont les mythes et fausses informations utilisées pour tromper des jeunes filles, avec des conséquences parfois dramatiques. « Ces jeunes filles se faisaient tromper par les garçons. Le garçon peut venir et te dire non tu vois comme tu es âgée de 18 ans, si tu dépasses 18 ans tu vas tomber malade. Si tu restes vierge pendant longtemps ça va causer des maladies. Ou bien tu ne vas pas mettre bien au monde ». Lassée, Pascaline met en place de vrais espaces d’échanges, dans lesquels les jeunes filles peuvent venir poser leurs questions et trouver des réponses fiables grâce notamment à l’aide de spécialistes. « Ce sont ce genre de questions pour lesquelles nous cherchions des réponses, soit auprès des médecins, on allait s’informer pour répondre à ces questions là». L’éducation sexuelle comme arme contre les manipulations et les abus, une idée originale et moderne, qui a rapidement fait ses preuves.
« Je me sens contente lorsque je vois déjà que tout le monde a compris qu’il n’y a pas de questions tabou ».

Donner confiance

Pascaline le dit très bien : le savoir est une arme inestimable contre traditions et réactions rétrogrades. Elle le résume par cet appel à la jeunesse.
« Si quelqu’un essaye de de tromper, tu as des informations. Tu dois maîtriser toi-même, même si les familles sont pauvres, même si tu n’as pas de moyens, tu ne dois pas te comporter juste pour trouver l’argent pour payer les études, pour acheter les habits, le téléphone et autres. Tout le monde doit savoir comment se comporter devant ce genre de questions ».
Un rêve ? Pascaline en a un, qui montre une fois de plus sa profonde foi dans la jeunesse et les femmes de sa communauté : « Ma vision c’est de voir construire un centre et encadrer toutes les jeunes filles, les jeunes femmes désœuvrées qui n’ont pas eu la chance de terminer les études, dans des petites activités comme tisser des paniers, coudre des tapis, des gants ». Loin de faire des femmes des victimes, Pascaline propose de leur redonner une place et un avenir dans la société, leur société. Un pari sur l’avenir, et un pari sur le développement de son pays qui se résume de cette façon simple et claire tout à la fois : « s’auto-prendre en charge sans penser avec les idées d’ailleurs et mal se comporter parce qu’elles n’ont pas trouvé l’argent ».
Passe ta voix

159