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Yves Hakiza, Goma

Je me souviens que nous étions cinq lors de la première rencontre. Au départ c’était surtout des camarades de promotion. Peu à peu, des voisins ont rejoint le groupe.

Yves Hakiza ou rassembler pour vaincre le tribalisme

A 20 ans, Yves Hakiza, étudiant à Goma, organise habituellement, avec des moyens du bord, des séances de débats sur les conflits tribaux dans sa province : le Nord-Kivu. Son obsession est de briser les clivages ethniques dans l’est du Congo. Pourvu qu’il entraîne des masses !

Pas un adolescent ordinaire

A première vue, Yves Hakiza est un adolescent : son regard est fuyant, sa voix tremblante. Mais de sa bouche, surtout de sa gestuelle, cet étudiant en économie sait ce qu’il veut : briser les clivages tribaux dans la province du Nord-Kivu en République démocratique du Congo. Obstinément, il y tient. Sa méthode? Rassembler le maximum de gens dans des réunions d’échange afin de contrer le tribalisme qui gangrènent son entourage. Encore étudiant et avec les moyens du bord, Yves a convaincu via le bouche à oreille des participants.
« Je me souviens que nous étions cinq lors de la première rencontre. La réunion a lieux dans le salon de ma tente. Au départ c’était surtout mes camarades de promotion. Peu à peu, des voisins ont rejoint le groupe ».

Un engagement brisé

Son ambition tire son origine d’une histoire bouleversante vécue dans sa famille. Cela se passe en avril 2012. A l’époque, son frère aîné, célibataire, fréquente une demoiselle. Rien d’étonnant jusqu’au moment où ils envisagent le mariage. La belle famille du frère d’Yves s’oppose radicalement à cette union. Elle ne conçoit pas de marier leur fille à un homme qui n’est pas de la même ethnie. Les fiançailles sont alors rompues. De force. Yves s’en souvient encore :
« Nous avons essayé d’expliquer à la belle famille qu’un mariage interethnique pouvait réussir en vain ».
Affecté, déçu, Yves nourrit alors l’idée de contrer le tribalisme. Sa première cible est les milieux universitaires. Il commence par son institution.
« j’ai estimé que j’ai plus de chance de réussir à sensibiliser mes camarades de promotion, et comme je n’avais pas assez de moyen pour louer une salle de réunion, je les avais invité chez ma tente qui possède un espace suffisant pour contenir assez du monde ».

Des nombres croissant

Peu à peu, à la grande surprise, le nombre de participant s’accroit. Actuellement, il réunit environ 20 personnes lors des réunions mensuelles. A chaque rencontre, les discussions se déroulent dans un langage simple avec des exemples concrets pour dénoncer le tribalisme. «Avec l’idée que nos discussions ou nos pistes de solutions se propagent dans des cercles élargis de participants pour amplifier l’impact de notre initiative », espère-t-il. Justement, l’impact est perceptible. Ces amis ou ces voisins comme Benjamin Kalegamire, pensent, d’ailleurs qu’il en faut plus :
« ces réunions mensuelles créent un espace de confiance mutuelle, peu importe la différence des origines. Nous avons besoin de beaucoup d'initiatives de ce genre pour porter le message de cohabitation plus loin et en finir avec le tribalisme ».


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